Histoire

Yamina Gamouh

Il est des héroïnes dont la sépulture est invisible, mais dont
l’empreinte est éternelle. Yamouna Gamouh est de cette lignée de
femmes exceptionnelles qui ont troqué l’avenir prometteur que leur
offrait leur immense culture contre le tumulte et la noblesse des
maquis ��. Née le 18 février 1936 à Sidi Mezghiche (Skikda), elle
grandit dans l’atmosphère hautement patriotique d’un foyer dirigé
par un père lettré, Madani Gamouh, figure locale des oulémas et
fervent militant du Parti du peuple algérien (PPA), elle hérite d’une
double flamme, celle du savoir et celle de la patrie. Cette éducation
d’élite lui permet d’obtenir dès 1950 son certificat d’études dans les
deux langues (arabe et français) avant de poursuivre son cursus
secondaire à Aïn Touta. De retour à Skikda, animée par un profond
sens du devoir social, elle se consacre à l’éducation des enfants de sa
région au sein de l’école El-Irchad, convaincue que la libération de
l’esprit précède celle du territoire.
​Mais face à la violence coloniale, l’enseignement ne suffit plus à
apaiser sa soif de justice. Yamouna choisit de s’engager corps et âme
dans le sillage de la Révolution, d’abord dans l’ombre des tâches
administratives, puis dans la lumière crue des maquis d’El-Alia où elle
monte en 1958. Dans cet univers de privations et de dangers qui
s’étire des Platanes jusqu’à Guerbès, la jeune femme ne vacille
jamais. Elle affronte la rudesse de la vie de maquisarde avec une
dignité remarquable, sans l’ombre d’un regret, portée par la certitude
que l’indépendance de son pays vaut tous les sacrifices.
​C’est en 1960, au détour d’une embuscade ennemie à Ech Eddeb,
près de Aïn Mohgen, que son destin bascule dans la légende.
Yamouna tombe au champ d’honneur aux côtés de son frère d’armes
Rabie Bouhouita. La fatalité des combats privera les siens de sa
dépouille, faisant d’elle une martyre sans tombe. Pourtant, l’absence
de sépulture n’a fait qu’agrandir son mythe, Yamouna n’appartient
plus à un cimetière, elle appartient à la terre algérienne tout entière,
gravée à jamais au panthéon des grandes figures de la liberté. ����

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