La croix contre le croissant, Laghouat 1853
En ces temps incertains, le passé, ses archives nous révèlent parfois des faits
significatifs qui n’ont eu de cesse de structurer les politiques et les desseins
coloniaux. Ici, un document exceptionnel datant de 1853, écrit par un homme
d’Église français envoyé à Laghouat après la prise de la ville par l’armée et
l’accomplissement méthodique d’un génocide par le sinistre Pélissier.
D’une actualité brûlante : l’auteur de ce texte nous rappelle que la guerre
contre l’islam et le monde musulman a constitué, pour l’Occident, depuis des
siècles un ressort extraordinaire pour légitimer ses appétits impériaux.
L’homme d’Église s’adresse aux soldats qui viennent d’accomplir un véritable
carnage à Laghouat :
« Les francs et les Croisés, nos valeureux pères, dans des combats mémorables,
en Occident et en orient, faisaient l’ouvre de Dieu,… Soldats français vous
n’avez point dégénéré. En conquérant l’Algérie, cette nouvelle France, vous
faites, vous aussi, n’en doutez pas l’œuvre de Dieu. En poursuivant le cours de
vos victoires sur ces fiers enfants de Mahomet, maitre d’une grande partie du
globe, vous étendez la domination chrétienne sur les débris de l’Islamisme et
plus encore que vos pères, vous faites ici l’œuvre de Dieu… Oui, c’est vote
invincible épée qui a façonné la croix qui brille de toutes parts dans ce pays
comme un soleil radieux qui l’éclairera, qui le fécondera en fera disparaitre le
croissant, signe lugubre de la nuit et du sommeil, image de la mort. Par cette
victoire de Laghouat, l’Aigle de la France a poussé, dans ces contrées, plus loin
que les aigles Romains, son vol audacieux ; et la croix pour la première fois sans
doute, rayonne au milieu de ce désert qu’il va faire refleurir. »
Hosni Kitouni
