Maya Ouabadi et la passion du livre
Maya Ouabadi présente «Fassl», sa revue de critique littéraire née d’un
manque. Un espace bilingue pour valoriser et débattre autour des écrivains.
Le Centre culturel universitaire des sciences humaines, situé à deux pas de la
mosquée El Rahma, au coeur d’Alger, a abrité, Il y a quelque temps, une
rencontre avec la rédactrice en chef des éditions Motifs.
Maya Ouabadi, invitée à échanger avec le public, est revenue avec passion sur
sa revue de critique littéraire «Fassl» publiée en arabe et en français. Elle a
notamment évoqué la parution de son 11ᵉ numéro qui propose aux lecteurs de
découvrir ou de redécouvrir dix écrivains algériens jugés incontournables et qui
méritent, selon elle, d’être davantage mis en lumière.
Un parcours guidé par la passion du livre
Dans une atmosphère intimiste, propice aux échanges, Ouabadi a également
évoqué son parcours personnel et professionnel. Étudiante en sciences
naturelles et brillante élève, elle fut encouragée par son entourage à
poursuivre dans cette voie considérée comme plus sûre pour «réussir».
Pourtant, animée par un intérêt grandissant pour le livre et l’édition, elle
choisit finalement de changer de trajectoire et rejoint l’Université d’Alger 2 où
elle entame un master en édition. Une spécialité qu’elle décrit comme
«enrichissante et passionnante». Mais c’est surtout son stage au journal «El
Watan Week-end» puis son passage aux éditions Barzakh qui ont véritablement
façonné sa réflexion sur la littérature.
«Parmi les nombreuses tâches que j’avais chez Barzakh, il y avait celle de rester
en contact avec les journalistes qui évoquaient nos parutions. Pour moi, cela
restait insuffisant : il n’y avait pratiquement pas de pages littéraires et nous
recevions très peu de critiques», a-t-elle expliqué.
Selon elle, c’est précisément de cette frustration et de ce manque d’espaces
consacrés à la critique littéraire qu’est née l’idée de créer Fassl.
Un premier numéro pour sonder la décennie noire
Ainsi, le numéro 0 de Fassl voit le jour en 2018. Pour cette première édition,
l’éditrice choisit, avec ses contributeurs, journalistes, auteurs, traducteurs,
chercheurs et essayistes, d’aborder la décennie noire.
«Il fallait plonger dans la littérature de cette époque pour comprendre ce que
cette guerre a pu inspirer aux écrivains», a-t-elle expliqué, soulignant
l’importance du regard littéraire pour appréhender cette période douloureuse
de l’histoire récente du pays.
Mettre en lumière les plumes singulières
Dix numéros et près de mille exemplaires plus tard, chaque revue a été
imprimée et façonnée manuellement, Fassl poursuit son travail d’exploration et
de mise en lumière de la littérature algérienne et étrangère. Ce 11e numéro
propose ainsi de découvrir ou de redécouvrir 10 auteurs algériens dont la
discrétion ou la singularité ont longtemps maintenu à distance du grand public.
Parmi eux figurent Sadek Aïssat, Abderrazak Boukebba, Mourad Bourboune,
Aziz Chouaki, Safia Ketou, Yamina Mechakra, Hacène Zehar et d’autres plumes
qui ont marqué, chacune à sa manière, notre littérature. Pour la rédactrice en
chef, le choix de la thématique de chaque numéro est avant tout un travail
collectif. «Les contributeurs proposent un sujet ou un auteur, puis nous en
discutons ensemble.C’est souvent au terme d’une simple conversation que
nous parvenons à nous mettre d’accord», a-t-elle précisé, en mettant en avant
l’esprit collaboratif qui anime l’équipe de la revue.
La critique, un dialogue essentiel
En conclusion, Ouabadi a tenu à rappeler l’importance de la critique littéraire
dans la vie d’une œuvre. Selon elle, celle-ci constitue un espace d’échange
essentiel entre le texte, son auteur et ses lecteurs. «Les écrivains ont besoin de
ce retour», a-t-elle souligné. Pour elle, il permet d’accompagner les œuvres et
d’encourager les auteurs à poursuivre leur chemin d’écriture.
Dans ce sens, Fassl se veut avant tout un lieu de réflexion et de dialogue autour
de la littérature, contribue à faire vivre le débat littéraire et valorise les voix qui
la façonnent.
Souha Bahamid, in Horizon
