Yamina Mechakra, la plume oubliée
“Kateb, Issiakhem voyaient en elle une résurrection de la Kahina” disait
Benamar Mediene
Native de Meskiana à Oum El Bouagui, en l’an 1949, Yamina Mechakra,
psychiatre de formation et écrivaine passionnée signe un premier roman de
jeunesse « Le Fils de qui ? », un roman qui n’a jamais été édité. Recueil
identitaire, il répond aisément à la question, ô combien posée, qui suis-je ?
Elle est surtout connue des milieux littéraires avec ses deux romans, la Grotte
éclatée paru en 1979, et Arris (1999)
La Grotte éclatée, un roman postcolonial
Publié en 1979, et préfacé par Kated Yacine, qui l’affubla d’une citation
devenue célèbre « À l’heure actuelle, dans notre pays, une femme qui écrit
vaut son pesant de poudre » , la grotte éclatée est un texte hybride mêlant à
souhait, la prose poétique, le récit de vie, le roman et l’autofiction. Le récit se
construit autour de l’histoire funèbre d’une infirmière au maquis, qui porte en
elle un enfant sans nom ni père. La jeune femme vit donc la double détresse
d’être femme, et témoin d’une guerre atroce. Regroupant récits, témoignages
et bribes de souvenirs, La grotte éclatée se trouve ainsi jalonné de dates clés,
relatives à la guerre de libération (54-62); fixant ainsi avec précision, le cadre
spatio-temporel.
« 5 Juillet 1962 [ ]
Je dis ma foi en demain, clouée sur ma poitrine.
Je dis ARRIS mon pays et ses moissons
ARRIS mes ancêtres et mon honneur
ARRIS mon amour et ma demeure ».
Autre élément principal de lecture : la Montagne des Aurès, Arris. Personnage à
part entière dans le roman, et que l’on retrouve dans son roman éponyme (99);
Arris symbolise la matrice, la force matriarcale, à la fois fragile et immuable,
tout en soulignant l’ancrage identitaire. Ce dernier porté et mis en exergue par
l’introduction de l’intertextualité à travers des personnages historiques tel que
Tacfarinas et Didon de Carthage. Nous retrouvons également une éloquente
correspondance avec l’œuvre de Mouloud Mammeri en ces termes : « De la
colline oubliée ont chanté les roseaux ». Un autre roman identitaire qui connut
une réception critique mitigée et suscita une vive polémique lors de sa sortie
en 1952, à l’aune des tensions politiques précédent la Guerre d’Indépendance.
Le roman la Grotte éclatée arrive dans un contexte de création marquée par
deux éléments historiques majeurs : le FLN et l’avènement de l’islamisme,
mettant de ce fait, l’accent sur les désillusions des femmes de se voir écartées
de la scène politique. Du maquis à l’oubli, Mechakra dénonce ce prisme, et
cette suprématie patriarcale du discours nationaliste.
Yamina Mechakra est katebienne pour certains, féministe pour d’autres, elle
reste néanmoins une plume méconnue, oubliée de la grande scène littéraire.«
Écrivaine effacée que l’on ne découvre que dans ses écrits. Sa production
restreinte n’en est pas moins forte et marquante. Dans ses récits, le poète brille
pour dire la blessure et la souffrance, l’amour et l’espérance. », Explique Afifa
Bererhi, professeur en littérature française et comparée de l’Université Alger
Leila Assas, BABZMAN
