Patrimoine

Si Mabrouk Djoudi, Maitre luthier

Il est des artistes qui se démarquent par l’originalité de leur
démarche et qui repoussent les limites de l’art.
D’autres fusionnent les disciplines pour en créer une nouvelle,
inclassable, qui touche par son caractère insolite et captivant.
Il y a enfin les créateurs iconoclasses qui, avec des bouts de rien,
façonnent un monde magique, festif et foisonnant.
En rendant hommage à Si Mabrouk à ma façon, j’ai voulu saluer un
artiste qui incarne ces trois profils, mais dont la singularité réside
avant tout dans une pluridisciplinarité mature, convaincante et riche,
qui échappe à toute catégorisation.
Chez Si Mabrouk, la créativité, dont il ne s’est jamais départi, révèle
au profane une musique sublimée, subrepticement dissimulée dans
les méandres des cordes du luth, du violon et du kanoun.
Dès son plus jeune âge, l’artiste a démontré sa virtuosité à travers
des performances qui allient le sonore au gestuel.
Puisse son travail, accompli avec amour et abnégation, être perçu et
ressenti comme autant de jalons plantés sur le chemin de la
rédemption, de la reconnaissance et de la quête du savoir.
Si Mabrouk Djoudi, dont on ne louera jamais assez le talent, a
toujours aimé interroger à sa manière les instruments de musique.
C’est ainsi qu’au-delà de leurs formes ou de leurs sons, il interroge —
pour le mélomane, les oublieux et les ingrats — notre rapport à
l’origine de la mélodie, au passé et au devenir.
Nulle part, cependant, au cours de ces dernières années, cette
question ne s’est posée pour lui de façon plus cruciale que dans l’acte
de créer, de conserver ou de restaurer l’objet d’art : car l’intervention
humaine dans ce domaine précis se situe et se situera toujours dans
un champ de valeurs empli de nostalgie, de mémoire, de chemins de
crêtes et d’histoire.

On ne le dira jamais assez, c’est au travers de l’axiologie que
prennent corps des pratiques conservatives ou restauratives
différenciées, dont beaucoup ne semblent mesurer ni les
conséquences, ni les retombées.
Un créateur et magicien comme Si Mabrouk devient par conséquent,
au sens propre comme au figuré, un  » enseignant  » et un guide
éclairé qui donne sens aux sons, qui éduque notre ouïe à l’objet créé
ou préservé dans son authenticité, et qui nous apprend à l’écouter
respectueusement avec amour et dévotion.
Merci pour tout, pour tes mélodies et pour le reste.
Que la terre te soit si légère…
Amine Lotfi

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