Cinéma

Annaba célèbre le centenaire de Youssef Chahine

Après Alger, en janvier dernier, place à Annaba de célébrer le grand génie du
cinéaste et intellectuel arabe, Youssef Chahine, à qui le festival international
méditerranéen rend actuellement hommage.

Cette sixième édition lui est dédiée à travers l’Égypte qui est le pays invité
d’honneur. Après avoir commémoré sa mémoire, à la cérémonie d’ouverture,
en présence de la grande comédienne Ilham Chahine, deux évènements ont
émaillé la journée de samedi dernier. D’abord, l’inauguration d’une exposition
à la gare historique d’Annaba baptisée «Youcef Chahine et le cinéma algérien».
Le choix de la gare d’Annaba, n’est autre qu’un clin d’œil au film Gare du Caire,
immortalisé par Youssef Chahine.
La cérémonie s’est déroulée en présence du chef de cabinet du wali d’Annaba,
de l’ambassadeur de la République arabe d’«égypte en Algérie, Abdelatif El-
Laïh, du commissaire du festival, Mohamed Allal, de la directrice de la culture
et des arts de la wilaya d’Annaba, Saliha Berkouk et de nombreux artistes et
invités de cet événement cinématographique international, dont le réalisateur
Khaled Youssef, les actrices Soheir El-Morshedy et Dalia Mostafa, ainsi que de
nombreux autres artistes égyptiens et algériens qui ont conféré à l’événement
une dimension artistique particulière. Étaient également présents le secrétaire
général de la wilaya d’Annaba, le préfet du district d’Annaba et des élus locaux,
nous apprend -on.
L’exposition comprend plus de 130 photographies rares qui associent la
carrière du regretté réalisateur Youcef Chahine à des pages brillantes de
l’histoire du cinéma algérien, ainsi qu’une exposition de matériel de tournage
et de photographies provenant des archives du cinéma algérien, organisée par
l’association Lumières.
L’exposition propose ainsi à ses visiteurs une variété d’affiches
cinématographiques documentant et mettant en valeur les œuvres les plus
marquantes du cinéma algérien et égyptien, ainsi que des équipements
techniques, anciens et modernes, témoins de l’évolution de la production
cinématographique.
L’exposition se poursuit à la gare jusqu’au 27 avril, et invite tous les citoyens et
visiteurs à découvrir ces pages brillantes de l’histoire du cinéma égyptien et
algérien. Youssef Chahine a fait également l’objet d’une rencontre qui a réuni

un ensemble de professionnels autour d’une table ronde intitulée Le retour du
fils prodigue après cinquante ans. Parmi les intervenants on citera, le
réalisateur et critique Salim Aggar qui avait déjà présenté à la cinémathèque en
janvier dernier son film documentaire Chahine, l’Algérie et le cinéma, sorti en

  1. À travers ce dernier, Salim Aggar s’emploie à décrypter l’étroit rapport
    qu’entretenait le cinéaste égyptien avec l’Algérie, affirmant que «c’est avant
    tout une longue histoire d’amour et de combat». Et de confier : «Tout a
    commencé, en 1957, quand éclata la bataille d’Alger. Là il découvre l’Algérie,
    son combat et sa cause révolutionnaire, ce qui l’a conduit à réaliser en 1958
    son long métrage Gamila, l’Algérienne, en hommage au combat de la
    révolution algérienne et son héroïne de la bataille d’Alger, Djamila Bouhired,
    une année seulement après son arrestation par les paras français.».Et de
    souligner : « Plus de cinquante ans après, ce film et quelques coproductions
    avec l’Algérie dans les années 70, nous avons rencontré Youcef Chahine lors de
    son séjour en Algérie. Il nous a parlé de son combat pour le cinéma arabe, de sa
    relation privilégiée avec l’Algérie et surtout de ses amis algériens : Ahmed
    Rachedi, de sa concurrence artistique avec Mohamed Lakhdar Hamina, de
    l’implication pour Sid Ali Kouiret.». Rappelons que la relation de Youssef
    Chahine a toujours été solide et s’est concrétisée, notamment à travers trois
    films réalisés en coproduction avec l’Algérie : Le Moineau, Le Retour de l’enfant
    prodige et Alexandrie, ce dernier ayant été coproduit avec la Télévision
    algérienne. Apres la sortie de son incroyable film Alexandrie New York»,
    Youssef Chahine a tenu à venir présenter son film à Alger, pour rappel, où il
    avait été très bien accueilli à la salle Ibn Khaldoun en 2005. Cinéastes majeurs
    du XX? siècle arabe, le patrimoine de Youssef Chahine reste intact, pour
    preuve, beaucoup de pays lui rendent hommage aujourd’hui en célébrant son
    génie, et son cinéma avant-gardiste et engagé.
    Youssef Chahine naît à Alexandrie dans une famille chrétienne d’Égypte
    d’origine libanaise pour son père, et de confession grecque-catholique melkite.
    Il commence ses études au collège Saint-Marc puis rejoint le Victoria College où
    il obtient son baccalauréat.
    À 21 ans, il quitte l’Égypte pour aller étudier le cinéma au Pasadena Playhouse
    (en) dans les environs de Los Angeles.
    À son retour, trois ans plus tard, en 1948, l’occasion lui est donnée, grâce à
    Alvise Orfanell, de réaliser son premier film, Papa Amin, qui sort en 1950. Il est
    invité pour la première fois au festival de Cannes en 1951, pour son film Le Fils
    du Nil. En 1954, il lance la carrière d’acteur d’Omar Sharif dans son film Le
    Démon du désert. Mais le film qui marque sa carrière est Gare centrale, en
    1958, chef-d’œuvre qui lui permet d’être reconnu comme l’un des plus grands

cinéastes du XXe siècle. Chahine est crédité de la réalisation de cinq films
mettant en vedette Salah Zoulficar dans des films importants dont Saladin
(1963), Un jour, le Nil (1968) et Ces gens du Nil (1972). Dans Le Vendeur de
bagues (1965), il met en scène la chanteuse Faïrouz. En 1964, il quitte l’Égypte
pour le Liban, puis retourne dans son pays en 1967. Il réalise le logotype de la
société Pyramide Distribution, fondée en 1989 et devient distributeur de ses
films, avec lequel il entretient de bonnes relations. Ce logo représente les
pyramides de Gizeh, complétées de sa signature en lettres blanches. En 1992, il
s’essaie également au théâtre avec l’adaptation du Caligula d’Albert Camus,
donné à la Comédie-française. Fréquemment confronté à la censure, Chahine
ne cesse néanmoins de dénoncer la bêtise et l’intégrisme, tout en multipliant
les choix stylistiques, du mélodrame chanté (C’est toi mon amour avec Farid El
Atrache) à la reconstitution historique (Adieu Bonaparte), de l’évocation
autobiographique (Alexandrie pourquoi ?) au ballet (Le Destin).
En juin 2008, le réalisateur est victime d’une hémorragie cérébrale qui le
plonge dans le coma. Il est alors hospitalisé à l’hôpital américain de Paris (à
Neuilly), avant d’être rapatrié en Égypte. Il meurt le 27 juillet 2008 au Caire. Il
est inhumé dans la crypte familiale à Alexandrie. Son œuvre
cinématographique colossale témoigne de son génie éternel.

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