La chronique d’Ahmed Cheniki

Quand resurgit l’instinct colonial

Cette réflexion explore la persistance de l’inconscient colonial, non comme un
simple héritage historique, mais comme une structure mentale qui continue de
façonner les discours, les silences et les représentations. Les « enfumades », le
napalm et l’usage d’armes chimiques en Algérie sont rappelés comme des
crimes systématiques, longtemps occultés par l’histoire officielle et le système
scolaire du colonisateur. Mais l’essentiel est ailleurs : l’inconscient colonial
ressurgit dans la France contemporaine, à travers des propos racistes explicites,
comme ceux d’un colistier du maire sortant de Saint-Raphaël qui aurait qualifié
les Algériens de « peuple de cafards ». Ce n’est pas un dérapage isolé, mais le
symptôme d’une mémoire sélective et d’une morale à géométrie variable, où
les descendants des colonisés restent perçus comme des « moins que rien ».
Le texte insiste aussi sur la manipulation du langage et l’usage pervers du
communautarisme : ainsi, les mots du nouveau maire insoumis de Saint-Denis
,« ville des rois et du peuple vivant », furent déformés en « ville des noirs »,
pour communautariser artificiellement son discours et le réduire à une identité
racialisée. Ceux qui accusent les autres de communautarisme sont souvent les
premiers à l’instrumentaliser. En somme, cette réflexion est une mise en
mémoire et une mise en tension : elle montre que l’oubli est une stratégie, que
le langage est un terrain de domination, et que l’inconscient colonial continue
de produire ses effets dans les mentalités des colonisés et des colonisateurs,
les exclusions et les représentations contemporaines.
Ahmed Cheniki

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