Théâtre

Allalou : observer, écouter

Au début des années 1920, les salles de spectacle d’Alger accueillent surtout
des pièces venues d’ailleurs. Les Algériens y assistent parfois, mais ils s’y
reconnaissent rarement. Leurs expressions, leurs préoccupations et leur
humour trouvent peu de place sur les planches.
■ Pourtant, dans les ruelles animées de la Casbah grandit un jeune garçon né le
30 mars 1902. Il s’appelle Ali Sellali, mais l’histoire le retiendra sous un autre
nom : Allalou. Bien avant de devenir l’un des pionniers du théâtre algérien
moderne, il est un enfant de la Casbah, observant avec attention la vie qui
l’entoure.
■ Rien ne le prédestine à transformer le paysage culturel algérien. Orphelin de
père à l’âge de treize ans, il doit quitter l’école et travailler pour aider sa
famille. Laborantin dans une pharmacie, puis employé aux tramways, il
découvre très tôt les réalités de la vie populaire. Mais il possède un don
précieux : celui d’observer et d’écouter. Les conversations des cafés, les
querelles de voisinage, les petites joies et les difficultés du quotidien
nourrissent déjà son imagination.
■ Dès 1917, il participe à de modestes spectacles organisés au Foyer du soldat.
Quelques années plus tard, les représentations des troupes théâtrales
égyptiennes de passage à Alger le marquent profondément. Il comprend alors
que le théâtre peut divertir, mais aussi raconter la société et refléter les
préoccupations d’un peuple.
■ En 1921, il rejoint la société musicale El Moutribia dirigée par Edmond Yafil. Il
y apprend le solfège et côtoie de nombreux artistes, parmi lesquels
Mahieddine Bachtarzi. Cette expérience lui permet d’affiner ses ambitions et
de se familiariser avec le monde du spectacle.
■ En 1925, Allalou fonde sa propre troupe, Zahia Troupe, « la troupe joyeuse ».
Un an plus tard, le 23 janvier 1926, au Kursaal d’Alger, il présente « Djeha »,
considérée comme la première pièce de théâtre écrite et interprétée en arabe
algérien. L’événement marque un tournant. Pour la première fois, de
nombreux spectateurs découvrent sur scène des personnages qui parlent leur
langue et évoluent dans un univers qui leur est familier.
■ Le succès est immédiat. Encouragé par l’accueil du public, Allalou poursuit
son œuvre avec des pièces devenues célèbres, parmi lesquelles « Zouadj Beni
Akline », « Antar lehchaichi », « El Khalifa wa Essayad » ou encore « Hallaq

Gharnata ». Pendant plusieurs années, ses créations comptent parmi les
spectacles les plus appréciés du public algérois.
■ Lorsqu’il se retire du théâtre au début des années 1930, son influence est
déjà considérable. Sans le savoir, il a ouvert une voie nouvelle qui inspirera
plusieurs générations d’acteurs, d’auteurs et de metteurs en scène. Son
aventure a contribué à poser les fondations d’un théâtre algérien moderne,
enraciné dans la société et la culture du pays.
■ Allalou s’éteint à Alger le 19 février 1992, à l’âge de 89 ans. Mais son héritage
demeure. Derrière les rideaux des scènes algériennes d’aujourd’hui subsiste
encore l’empreinte de cet homme de la Casbah qui osa faire entendre, sur les
planches, la voix de son peuple.
❓️Aviez-vous déjà entendu parler d’Allalou et de son rôle dans la naissance du
théâtre algérien moderne ?

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