Histoire

L’hôtel Saint-Georges fut un quartier général

Alger, Hôtel Saint-Georges : le bunker secret où l’Europe s’est jouée à la
roulette
Sur les hauteurs d’Alger, l’élégant Hôtel Saint-Georges a perdu son allure de
villégiature coloniale : depuis novembre 1942, il abrite le quartier général des
forces alliées d’Eisenhower. Fin mai 1943 (28-31 mai), Churchill y débarque aux
côtés du général Marshall. Jeeps, sentinelles, cartes d’état-major : le palace
devient le cerveau brûlant de la guerre, où se joue la suite de la libération de
l’Europe.
Dans le grand salon transformé en salle des cartes, Churchill préside ce conseil
de guerre face à une pléiade de légendes : Eisenhower, Alexander,
Cunningham, Marshall. Le débat est houleux. Les Américains, réticents à
détourner davantage de moyens du futur débarquement en France, rechignent
à s’engager plus loin en Méditerranée. Mais le Premier ministre britannique
martèle son plan : Husky, l’invasion de la Sicile déjà programmée pour juillet,
ne doit être qu’un tremplin. Il faut poursuivre sur l’Italie continentale, ce «
ventre mou » de l’Axe.
L’enjeu est titanesque. Si l’offensive s’arrête à la Sicile, l’effort de 1943 restera,
selon les mots de Churchill lui-même, un résultat « tout à fait insuffisant ».
Mais si elle se prolonge jusqu’au continent, c’est Mussolini qui vacille et le sud
de l’Europe qui s’entrouvre. Ce jour-là, Alger n’est plus seulement la capitale de
la France résistante : elle est le « poste de commandement du monde libre », où
quelques hommes esquissent déjà la suite de la mèche allumée pour le 10
juillet 1943 — celle qui, de Sicile, doit porter le feu jusqu’en Italie.

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