Drama

Yahia Mouzahem: L’art de réinventer la fiction

Yahia Mouzahem, maître de l’audiovisuel algérien, réinvente la fiction en
captant l’âme de la société entre satire et drame social.
Dans l’univers en pleine ébullition de l’audiovisuel algérien, Yahia Mouzahem
occupe une place à part. Né à Alger en 1975, ce cinéaste, scénariste et
producteur audacieux s’est imposé comme l’un des maîtres incontournables de
la fiction contemporaine. Capable de passer avec une aisance déconcertante de
la comédie satirique légère au drame social le plus sombre, il a su capter l’âme
de la société algérienne pour la transposer à l’écran, bousculant les codes
traditionnels de la télévision.

Des débuts loin des plateaux
Rien ne destinait initialement le jeune Yahia aux plateaux de tournage. Diplômé
en ingénierie hydraulique à l’USTHB, il choisit pourtant de suivre sa véritable
passion pour l’image.

«J’ai fait des études pour gérer l’eau, mais j’ai fini par apprendre à canaliser les
émotions et à diriger des flux d’images. Dans les deux cas, il s’agit d’orienter un
courant pour qu’il ne déborde pas.»

Ses premiers pas se font à travers des courts-métrages amateurs salués dans
des festivals, notamment à Clermont-Ferrand en 2001. Il forge ensuite son
expérience sur le terrain comme comédien, régisseur ou assistant aux côtés de
figures majeures telles que Merzak Allouache ou Ahmed Rachedi. En 2007, son
premier court-métrage professionnel «Oranges», distribué à
l’international**,** marque la naissance officielle d’un réalisateur à l’identité
visuelle forte et singulière.

Du rire au drame social
C’est à la télévision que Yahia Mouzahem va véritablement transformer le
quotidien des foyers algériens, devenant le réalisateur incontournable des
grands rendez-vous du Ramadhan. Il démontre son génie comique avec la série
à succès «Timoucha», une satire rafraîchissante du monde de l’entreprise.

Cependant, c’est avec ses drames réalistes qu’il marque profondément les
esprits. Ses séries coup de poing comme «Eddama» (2023), une immersion
viscérale dans le quartier populaire de Bab El Oued, puis «El Barrani» (2024),
captivent des millions de téléspectateurs. À travers des œuvres fortes, comme
son long-métrage «Le Sang des loups», Mouzahem n’hésite pas à filmer la rue,
la délinquance, les fractures familiales et les contradictions humaines. Son
cinéma, perçu comme un miroir brut de la réalité, suscite parfois d’intenses
débats, prouvant que son art ne laisse personne indifférent.
C.S, in Horizon

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