ABDENOUR DZANOUNI, Notre ami
Abdenour, c’est le journaliste qui transformait un rien en lumière. Abdenour
Dzanouni. Un ami vient de s’en aller sur la pointe des pieds. Un grand
journaliste, un grand poète, un homme digne et de parole. Ils sont trop peu
nombreux comme lui. Il disait ce qu’il pensait. Il était journaliste au sens plein
du terme. Peut-être le dernier de cette race de vrais journalistes qui
maîtrisaient la langue et les techniques d’écriture, qui ne publiaient jamais une
information sans la vérifier. L’Algérie a perdu un grand journaliste.
J’ai toujours apprécié Abdenour. On se voyait souvent à El Moudjahid, lui, très
proche de Halim Mokdad, Ourabah, Benchicou… Tous aimaient, comme lui, le
reportage et la culture. Il écrivait sur tout : d’un rien, il faisait naître quelque
chose d’extraordinaire. J’aimais ses tournures phrastiques, son sens de la
formule et de la métaphore. Il nous a appris concrètement qu’il n’y a pas de
grands ou de petits sujets, mais de petits ou grands journalistes. Et lui, il était
grand. Ce grand lecteur devant l’Éternel aimait la littérature et les arts.
On se retrouvait souvent au festival de Mostaganem. Nous parlions de théâtre,
de cinéma, de littérature et de musique, surtout du chaâbi et de Hadj El Anka
qu’il adorait. Contraint, il dut s’installer en 1994 à Paris. Là, il toucha à tout : il
réalisa des émissions pour Arte, fut banquier, auteur dramatique. Il écrivit une
belle pièce-roman satirique, Islam Blues, dont l’âne Ahmadou est l’élément
central. Il adapta même pour le théâtre L’Âne d’or ou les Métamorphoses
d’Apulée de Madaure (Mdaourouch). Il avait créé une petite maison d’édition,
La Belle Feuille. Islam Blues est un clin d’œil à l’âne d’Apulée et au bourricot de
Kateb Yacine.
Il riait, aimait plaisanter, cet ancien journaliste d’El Moudjahid et d’Alger
Républicain. Il n’a jamais cessé d’écrire, l’Algérie au cœur, publiant des textes
qui donnaient à lire son désenchantement et son mécontentement.
La dernière rencontre eut lieu à Paris, chez lui : un méchoui, une lecture d’un
texte dramatique, un très beau texte. Ce serait merveilleux si une troupe
algérienne pouvait un jour mettre en scène l’une de ses œuvres. Rabbi
yarhmou.
