L’ÉMIR ABDELKADER : UN DEVOIR D’HUMANITÉ
En m’inspirant de ce qu’a présenté mon cousin Habibi Abdelkader, quand à la
réponse de lEmir AEK a monseigneur Pavy lors de son intervention au profit des
chrétiens en leur assurant sa protection.
je voudrais revenir sur un épisode particulièrement émouvant de la vie de
notre illustre Émir Abdelkader, un homme dont la grandeur ne se mesure pas
uniquement à ses combats pour la liberté de l’Algérie, mais également aux
valeurs humaines qu’il a défendues tout au long de son existence.
L’histoire nous ramène à l’année 1860, à Damas, en Syrie, où l’Émir vivait en
exil après avoir consacré de longues années à la résistance contre l’armée
française. Lui qui avait combattu avec détermination pour défendre sa patrie
allait, loin de sa terre natale, donner au monde une nouvelle preuve de son
courage et de la noblesse de ses principes.
En juillet 1860, Damas fut le théâtre de violences meurtrières qui frappèrent
notamment la communauté chrétienne. Des familles étaient menacées, des
innocents risquaient leur vie et la peur s’était emparée de nombreux habitants.
Face à cette tragédie, l’Émir Abdelkader ne pouvait rester indifférent. Avec ses
compagnons algériens, il intervint pour mettre les personnes menacées à l’abri
et protéger les chrétiens contre les violences. Il mobilisa son autorité, son
influence et ses hommes pour sauver des vies, sans faire de distinction entre
les croyances des uns et des autres.
Cet acte de courage et d’humanité suscita une profonde reconnaissance.
Monseigneur Pavy, évêque d’Alger, remercia l’Émir pour la protection qu’il
avait accordée aux chrétiens de Damas. À ces remerciements, l’Émir répondit,
selon le récit que nous évoquons, que son intervention relevait d’un devoir
humanitaire.
Quelle profondeur dans cette réponse ! Là où d’autres auraient pu se prévaloir
de leur action, attendre des éloges ou réclamer une reconnaissance
particulière, l’Émir considérait simplement qu’il avait accompli son devoir. Pour
lui, protéger des innocents n’était pas un acte extraordinaire dont il fallait tirer
gloire, mais une obligation morale envers l’être humain.
Cette attitude révèle une dimension essentielle de sa personnalité : sa foi ne
l’enfermait pas dans le rejet de ceux qui ne partageaient pas ses croyances. Au
contraire, ses convictions lui imposaient de défendre la vie, la justice et la
dignité de toute personne menacée. Il ne voyait pas d’abord des musulmans ou
des chrétiens, mais des êtres humains confrontés au danger.
Il convient également de souligner le caractère remarquable de cette
intervention. L’Émir Abdelkader était un homme qui avait mené une longue
lutte contre la France pour défendre l’indépendance de son pays. Pourtant, son
opposition au pouvoir colonial ne l’avait jamais conduit à considérer les
chrétiens comme des ennemis en raison de leur religion. À Damas, il démontra
que l’on pouvait combattre une domination politique et militaire tout en
respectant les personnes appartenant à une autre confession.
Voilà une distinction fondamentale, qui mérite d’être rappelée à toutes les
générations : on peut s’opposer à un pouvoir, combattre une injustice et
défendre sa patrie sans jamais renoncer à son humanité.
L’Émir Abdelkader nous a ainsi laissé un enseignement qui dépasse largement
le cadre de son époque. À une heure où les différences religieuses peuvent
encore servir de prétexte à la haine, à l’exclusion et à la violence, son
comportement nous rappelle que la véritable grandeur ne consiste pas à
humilier l’autre, mais à le protéger lorsqu’il est en danger.
Son geste nous invite également à réfléchir au sens de la fraternité. Celle-ci ne
consiste pas seulement à tendre la main à ceux qui nous ressemblent,
partagent notre foi ou appartiennent à notre communauté. Elle prend toute sa
valeur lorsque nous défendons ceux qui sont différents de nous, lorsque nous
secourons les plus vulnérables et lorsque nous refusons de laisser la haine
dicter notre conduite.
C’est en cela que l’Émir Abdelkader demeure une fierté pour l’Algérie et une
figure admirée bien au-delà de ses frontières. Il fut un résistant, un chef
militaire, un homme de foi et un défenseur de la dignité humaine. Son action à
Damas rappelle que le courage ne se manifeste pas uniquement sur un champ
de bataille : il se révèle aussi lorsqu’un homme décide de protéger des
innocents au risque de sa propre sécurité.
Il avait combattu pour libérer son peuple, mais il n’hésita pas à défendre un
autre peuple contre la violence. Il avait connu les souffrances de la guerre, mais
il refusa que d’autres innocents en deviennent les victimes.
Voilà la véritable grandeur de l’Émir Abdelkader : avoir compris que la défense
de la vie humaine ne connaît ni frontières ni différences de religion.
Et si, comme le rapporte ce récit, il résuma son intervention par la notion de
devoir humanitaire, cette idée mérite à elle seule d’être méditée. Car le devoir
d’humanité ne devrait jamais être considéré comme un exploit exceptionnel,
mais comme une responsabilité qui incombe à chacun de nous.
