Histoire

QUI EST DELAL MESSAOUD ?

Delal Messaoud : le témoin du Tunnel de la Mort à Guelma.
Certains visages racontent à eux seuls l’histoire d’une ville. Celui de Delal
Messaoud – que les habitants de Guelma connaissaient aussi sous le nom de
Saïd Kaci Rassi – en fait partie. Un visage simple, des yeux sereins, une
moustache fière… et pourtant, derrière cette apparence paisible se dissimule
l’une des pages les plus sombres de notre histoire : celle du Tunnel de la Mort,
ce tragique 8 mai 1945.
Ce matin-là, des manifestants étaient descendus dans les rues, célébrant la fin
de la Seconde Guerre mondiale. Mais à Guelma comme à Sétif et Kherrata, la
joie s’est vite transformée en cauchemar. L’armée française a tiré, arrêté,
emprisonné. Les rues se sont vidées, les corps sont tombés et la ville entière a
retenu son souffle.
Guelma, construite sur la roche volcanique, est traversée de tunnels
souterrains. Le plus célèbre d’entre eux, qui reliait Bab Skikda (où se trouvaient
les Scouts Musulmans et la Caisse de Sécurité sociale) à la place de l’ancienne
école Sévigny, est devenu ce jour-là le Tunnel de la Mort. Des soldats français y
ont entassé des dizaines de manifestants et de détenus. Puis, ils ont scellé les
deux entrées. Dans l’obscurité totale, privés d’air, sans aucune échappatoire,
les hommes ont agonisé. Le tunnel s’est transformé en charnier, la plupart
mourant étouffés dans une lente et atroce souffrance.
Pourtant, au milieu des morts, un homme respirait encore : Delal Messaoud. Il
avait survécu à l’asphyxie, à l’obscurité, à la terreur. Il fut l’un des rares
rescapés de cet enfer, portant toute sa vie la preuve vivante de ce crime. Ses
traits simples, ses yeux apaisés, sa moustache de sage, tout en lui racontait la
douleur endurée, la mort frôlée et le choix courageux de témoigner plutôt que
d’oublier. Il n’était pas seulement un survivant, il était le gardien de la mémoire
de Guelma.
Heureusement, notre ami Kaddour Zamiti a recueilli son précieux témoignage.
Grâce à lui, cette parole essentielle ne s’est pas éteinte, elle est devenue un
document vivant, transmis de génération en génération comme un flambeau
sacré.
Aujourd’hui, lorsque nous marchons dans Guelma, nous cherchons ce visage,
nous cherchons les traces de ce tunnel, nous cherchons la voix de Delal
Messaoud. Et c’est là que réside une vérité poignante : aujourd’hui, nous
marchons sur ce tunnel sans savoir que les fils de Guelma sont morts étouffés

sous nos pas. Le temps a passé, la ville a changé mais la mémoire, elle, ne doit
jamais s’effacer. Car le Tunnel de la Mort n’est pas qu’une simple page
d’histoire, c’est un cri, un rappel poignant, la preuve que la liberté et la dignité
se sont payées au prix du sang.
A toi, Delal Messaoud, survivant de l’enfer, gardien de la mémoire, témoin de
l’indicible, que Dieu t’accorde Sa miséricorde et t’accueille en Son paradis.
Puisse ton témoignage rester à jamais gravé dans la mémoire de notre nation.
Et à nous qui restons, prenons soin de cette mémoire, elle est tout ce qui nous
reste mais elle est aussi tout ce dont nous avons besoin pour l’avenir.
Malek Benloucif

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