Hassiba, l’étoile immortelle de la Révolution.
Née en 1938 à Chlef (ex-Orléansville), Hassiba Ben Bouali, passe son enfance à
Sendjas (ex-Bougainville) avant que sa famille ne s’installe à Alger. Rien ne
prédestinait cette jeune fille brillante, élève au lycée Pasteur et passionnée de
musique, à devenir l’un des visages les plus héroïques de la guerre de
libération. C’est pourtant dans le tumulte d’Alger que son âme de résistante va
s’éveiller.
De l’engagement humanitaire à la conscience politique :Très jeune, Hassiba
ressent la souffrance de son peuple. À seulement 16 ans, elle rejoint l’Union
générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA). Guidée par une
profonde empathie, elle s’investit dans l’association caritative « La tasse de lait
» à Belcourt. C’est là, au milieu des enfants pauvres et des familles démunies,
qu’elle prend brutalement conscience de la misère imposée par le système
colonial.
Désireuse d’aider concrètement, elle se forme au scoutisme et devient
infirmière à l’hôpital Mustapha Pacha. Son destin bascule lorsqu’elle rejoint
clandestinement l’équipe du Dr Pierre Chaulet au Clos-Salembier, utilisant sa
position pour subtiliser des médicaments et soigner, au péril de sa vie, les
maquisards du FLN blessés.
Fin 1956, Hassiba plonge au cœur de l’action. Intégrée au réseau de Yacef
Saâdi, elle devient une pièce maîtresse de la logistique révolutionnaire,
établissant les liaisons entre de grands techniciens et militants comme Daniel
Timsit et Abderrahmane Taleb.
Aux côtés d’autres figures légendaires, Zohra Drif, Djamila Bouhired ou Samia
Lakhdari, Hassiba utilise son allure européenne pour franchir les checkpoints et
tromper la vigilance de l’armée française. Lorsque le réseau est démantelé,
traquée par la police coloniale, elle refuse de fuir le combat. Elle choisit la
clandestinité et se réfugie dans le dédale protecteur de la Casbah d’Alger.
Dans sa dernière lettre envoyée à ses parents le 15 septembre 1957, elle confie
son manque de la famille, mais réaffirme sa détermination absolue :
« Il m’est impossible de rien faire. Aussi, ai-je décidé, enfin, qu’il est de mon
devoir de partir au maquis […] s’il le faut, et j’espère de tout mon cœur,
combattre les armes à la main. Si je meurs, vous ne devez pas me pleurer ! Je
serais morte heureuse, je vous le certifie. »
Le dimanche 8 octobre 1957, l’histoire se fige au numéro 5 de la rue des
Abdérames à La Casbah. Encerclés par les parachutistes français, Hassiba Ben
Bouali, Ali La Pointe, le Petit Omar (12 ans) et Hamid Bouhamidi refusent
l’humiliation de la reddition. Face à cette résistance farouche, l’armée française
fait sauter la maison.
Hassiba périt sous les décombres à l’âge de 19 ans. Il faudra attendre le 10
octobre pour que son corps soit extrait des ruines, aux côtés de celui du Petit
Omar.
Aujourd’hui, Hassiba Ben Bouali repose au cimetière Sidi M’hamed d’Alger,
mais sa mémoire transcende le temps :
À Alger, une grande artère porte son nom, rappelant chaque jour aux passants
le prix de leur liberté.
À Chlef, sa terre natale, l’Université Hassiba Ben Bouali forme les générations
futures sous l’égide de son courage.
Hassiba n’était pas seulement une étudiante ou une militante. Elle demeure le
symbole éternel de la jeunesse algérienne qui a préféré mourir debout plutôt
que de vivre à genoux. Gloire à nos martyrs ����
M.A
