Sid-Ali Kouiret, humour et tendresse
Certains acteurs interprètent des personnages. D’autres finissent par
incarner une nation. Sid Ali Kouiret appartient à cette seconde
catégorie.
Né à Alger en 1933, son enfance est marquée par la violence et la
précarité. Très jeune, il connaît la rue, bien avant de connaître les
plateaux de théâtre. Rien ne semblait le destiner à devenir l’un des
plus grands comédiens du monde arabe. Pourtant, en 1950, une
rencontre change le cours de sa vie. Le théâtre devient alors un
refuge, puis une vocation.
Pendant la guerre de Libération, il rejoint la troupe artistique du FLN.
De Tunis à Moscou, du Maroc à l’Irak, il découvre que l’art peut aussi
être une arme. Sur scène, chaque représentation porte un message,
chaque rôle devient un acte de résistance, chaque applaudissement
fait entendre la voix d’un peuple en quête de liberté.
Après l’indépendance, le Théâtre National Algérien l’accueille, mais
c’est le cinéma qui révèle toute l’ampleur de son talent. En 1971, son
interprétation dans l’Opium et le bâton, réalisé par Ahmed Rachedi
d’après le roman de M. Mammeri, bouleverse durablement les
spectateurs. Son regard, son silence et sa dignité face à la mort
dépassent le simple jeu d’acteur : ils entrent dans la mémoire
collective.
Les décennies suivantes confirment son statut d’icône. On le retrouve
dans Chronique des années de braise, Palme d’or à Cannes, mais
d’autres films révèlent une autre facette de son immense palette :
l’humour, la tendresse et une profonde humanité.
Sid Ali Kouiret ne jouait jamais avec excès. Une expression, une
posture, un silence suffisaient à faire naître l’émotion. À une époque
où beaucoup d’acteurs cherchaient à occuper l’écran, lui savait
simplement l’habiter.
Le 5 avril 2015, Alger perd l’un de ses plus grands artistes. Mais
certaines présences ne disparaissent jamais vraiment. Elles
continuent de vivre dans les images, dans les répliques, dans les
souvenirs d’un peuple.
Sid Ali Kouiret n’a pas seulement marqué le cinéma algérien. Il lui a
donné un visage, une voix et une profondeur qui traversent les
générations.
