Médias et sociétés

Beya Benamane souhaite aider à la visibilité des artistes

Beya Benamane, fondatrice de Djazair Culture, revient, dans cet entretien, sur
la deuxième édition du «Rendez-vous de l’art contemporain», qu’elle a
organisée en partenariat avec l’Union européenne en Algérie et aborde les
enjeux de cette initiative dédiée à la promotion de la création contemporaine.
Elle revient également sur les actions menées, à travers sa structure, pour
accompagner les artistes et valoriser le patrimoine culturel algérien.

Vous avez co-organisé, avec l’Union européenne en Algérie, du 12 au 14
février, la deuxième édition du
«Rendez-vous de l’art contemporain». Pourriez-vous nous revenir sur cette
initiative ?
La deuxième édition du «Rendez-vous de l’art contemporain» s’inscrit dans une
volonté commune de soutenir la scène artistique contemporaine algérienne.
J’ai eu l’honneur d’en assurer le commissariat d’exposition tout en étant co-
organisatrice de cet événement. À travers cette initiative, l’Union européenne
réaffirme son engagement en faveur de la coopération culturelle et du soutien
aux scènes artistiques locales. L’objectif était de montrer la richesse et la
diversité de la création contemporaine algérienne, en réunissant 27 artistes
issus de différentes générations, pratiques et expressions artistiques. Les 116
œuvres présentées, entre peinture, dessin, photographie, sculpture,
céramique, gravure et installation, témoignent du dynamisme de la scène
artistique actuelle. Ce rendez-vous contribue à renforcer la visibilité des artistes
et à créer un véritable espace de dialogue entre créateurs, galeristes,
institutions, entreprises et public. Il favorise les échanges professionnels et
encourage l’implication active des acteurs économiques et institutionnels dans
le soutien à la création. Cet événement est appelé à se pérenniser et à se
développer avec l’ambition de devenir un rendez-vous fédérateur et de
référence.

Quel a été l’accueil du public et des professionnels ?

L’accueil a été très encourageant, tant du côté du public que des
professionnels. Sur trois jours, nous avons enregistré près de 650 visiteurs. La
présence d’artistes issus de différentes générations et de plusieurs territoires
de création (Alger, Tizi Ouzou, Oran, Mostaganem, Bejaïa et la France) a offert
un panorama représentatif de la scène contemporaine. Les professionnels ont,
quant à eux, réservé un accueil très favorable à l’exposition, saluant la qualité
de la sélection ainsi que la pertinence des rencontres et des échanges organisés
autour de l’art contemporain. L’engagement des galeries partenaires ainsi que
celui des artistes, a joué un rôle déterminant dans la réussite de cette édition.
L’exposition a également rencontré un succès commercial : plusieurs œuvres
ont été acquises.

Quels ont été les principaux enseignements issus des deux panels de discussion
organisés en marge de l’exposition ?
Le premier panel, consacré à la réalité du marché de l’art contemporain en
Algérie, a mis en lumière un certain nombre de difficultés : le manque
d’espaces d’exposition, une législation peu adaptée aux spécificités du marché
de l’art, ainsi que des freins administratifs qui compliquent la participation des
artistes à des événements internationaux. Il a également été question du faible
développement de la culture du collectionnisme en Algérie. Les entreprises
investissent encore très peu dans la constitution de collections d’art et le
mécénat culturel demeure insuffisant. À cela s’ajoute l’absence de maisons de
ventes aux enchères d’envergure internationale, ce qui limite la cotation et la
visibilité des artistes sur le marché secondaire de l’art. Enfin, le manque
d’événements culturels réguliers et structurants a été souligné comme un
facteur freinant la dynamisation du marché. Le deuxième panel était consacré à
l’accompagnement des jeunes artistes et aux dispositifs existants pour soutenir
leur professionnalisation. La conclusion des échanges a fait émerger un constat
partagé : malgré des initiatives engagées et prometteuses, les dispositifs
d’accompagnement demeurent encore insuffisamment structurés et pérennes.
Le besoin d’encadrement, de mentorat et de cadres professionnels durables
reste un enjeu central pour consolider les parcours artistiques.

Vous êtes la fondatrice de «Djazair Culture», pourriez-vous présenter votre
structure ?
Djazair Culture a pour vocation la promotion des artistes et du patrimoine
culturel algériens. Elle est née de ma profonde passion pour la culture et de la
haute considération que je porte aux artistes et à leur rôle essentiel dans la

société. La structure développe différents projets : expositions, rencontres,
conférences, ateliers et team buildings en collaboration avec des artistes. Nous
privilégions une approche transversale, mêlant diverses disciplines (arts visuels,
littérature, musique). Djazair Culture agit également comme interface entre le
monde artistique et les entreprises et institutions. Notre objectif est de
sensibiliser les entreprises et les institutions au soutien de la culture, en les
encourageant à s’engager à travers le mécénat, l’acquisition d’œuvres et
l’accompagnement de projets artistiques.

Comment Djazair Culture accompagne-t-elle concrètement les artistes ?
Djazair Culture accompagne les artistes de manière pragmatique et
personnalisée. Nous leur offrons une visibilité à travers l’organisation
d’expositions, la participation à des événements culturels et à leur intégration
dans des projets collectifs. Nous facilitons également la mise en réseau avec
des galeristes, des institutions, des entreprises et des partenaires
internationaux. L’accompagnement inclut aussi du conseil : positionnement
artistique, cohérence de démarche, préparation de dossiers, stratégie de
présentation et réflexion sur la valorisation de leur travail. Enfin, nous
accordons une grande importance à la médiation culturelle : expliquer les
démarches artistiques, sensibiliser au collectionnisme et encourager
l’acquisition d’œuvres. L’accompagnement ne se limite pas à exposer, il vise à
structurer des trajectoires et à consolider la place de l’artiste dans l’écosystème
culturel algérien.
Entretien réalisé par Sara Kharfi, in Algérie aujourd’hui

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