Abbas Righi, rigueur et authenticité
À l’occasion du mois sacré, Abbas Righi, qui s’illustre dans le malouf, réalise une
tournée artistique, alliant fidélité à la tradition et volonté de transmission, et
qui le mènera dans plusieurs villes. Après Constantine et Alger, il se produira à
Skikda, avant de retrouver le public, le 3 mars, à la salle Ahmed-Bey de
Constantine, le 5 mars à la salle Maghreb d’Oran, le 6 mars à la salle Ibn
Khaldoun à Alger, le 7 mars à l’auditorium Aïssa-Messaoudi de la Radio
algérienne, puis de clôturer cette série de concerts le 12 mars à l’hôtel
Sheraton d’Alger. Dans cet entretien, l’artiste revient sur sa vision exigeante du
malouf, son parcours, l’engouement du public, ainsi que ses projets artistiques.
Vous animez une série de concerts durant ce mois de Ramadhan. Pouvez-vous
nous en dire davantage sur cette tournée ?
Durant ce mois de Ramadhan, on réalise une tournée artistique à travers
plusieurs wilayas, notamment Constantine, Oran, Skikda, Alger. On a
commencé par Constantine, jeudi dernier, et on va clôturer cette tournée par
une grande soirée à Alger, le 12 mars. Pour les soirées, on a choisi des thèmes
qui reflètent l’ambiance et la spiritualité du mois de Ramadhan, en restant dans
le répertoire du medh, et avec des thèmes et des intitulés à chaque fois. Par
exemple, pour le concert d’avant-hier, vendredi, au Théâtre national algérien
(TNA), nous avons proposé une soirée intitulée « Hosn el-îidar » ; à Skikda, ce
soir, le spectacle s’intitule « Salou âala el hadi » ; la soirée du 6 mars, à la salle
Ibn Khaldoun à Alger, porte le thème de «Tab el moqam » qui est d’ailleurs le
titre d’une qacida très connue consacrée à l’éloge du Prophète Mohammed
(QSSSL). Donc, pour ce Ramadhan, j’interprète des qacidates de différentes
tariqa soufies (Aïssaoua, Tidjania…).
Comment vous concevez et élaborez vos spectacles ?
C’est une occasion pour nous en tant qu’artistes de faire des recherches dans le
répertorie medh, en puisant dans le patrimoine pour trouver des textes parfois
inédits. C’est une occasion aussi de faire connaître le patrimoine à notre cher
public, pour ne pas rester toujours dans le même répertoire. On fait donc à
chaque fois des recherches pour se renouveler et chanter de nouvelles choses.
Vous vous définissez artistiquement comme un «pur conservateur». Où situez-
vous l’équilibre entre préservation et renouvellement dans cet art ?
Personnellement, je suis de l’école conservatrice. Je suis l’élève du défunt
Cheikh Kaddour Darsouni qui est un pur conservateur de la musique malouf, et
de la musique classique constantinoise algérienne. Connu pour sa rigueur, il
était ferme avec ses élèves, quand il s’agissait de l’authenticité de cette belle
musique. Personnellement, je suis un conservateur mais en même temps,
j’essaie de promouvoir cette musique. Donc tout en gardant l’authenticité de la
chanson malouf, je rajoute parfois quelques arrangements pour affiner la
musique et la promouvoir à l’international. Premièrement, je rajoute ma
touche personnelle, et deuxièmement quelques arrangements, tout en
conservant l’ossature et l’authenticité de cette belle musique. Parfois, on fait
quelques tentatives de fusion, pas la nouba, mais dans le mahdjouz par
exemple, on rajoute aussi quelques arrangements en gardant la trame de la
chanson. On est en 2026, donc on doit s’adapter avec les différents styles de
musique qui existent.
Sur votre parcours et avec du recul, comment regardez-vous le chemin
parcouru jusqu’à aujourd’hui ?
A vrai dire, je suis content. En quatorze ans de carrière artistique, j’ai pu
réaliser de grands projets, j’ai pu représenter mon pays dans des grands
événements et festivals à travers le monde. J’ai par exemple fait le Festival du
monde arabe du Canada à peu près six fois, j’ai joué à l’Institut du monde arabe
trois fois ; j’ai joué en Tunisie, au Kazakhstan, au Japon, en Corée du Sud, au
Qatar, en Syrie, au Liban… J’ai aussi pu réaliser plusieurs enregistrements, des
qacidates inédites avec l’ONDA et d’autres producteurs. J’ai pu quand même
représenter le malouf et la musique algérienne de manière générale dans
différents pays à travers le monde, et le travail continue.
En tant qu’artiste au contact direct du public, et compte tenu de votre succès,
comment, selon vous, le public s’approprie aujourd’hui le malouf ?
Si on prend l’Opéra d’Alger, qui peut accueillir 1 300 places, j’y joue toujours à
guichets fermés et devant un public qui vient de partout en Algérie. J’ai des
fans qui ne ratent pas mes concerts qui viennent de Kabylie, de Chlef, de Tiaret,
de Relizane… En fait, on a pu quand même apporter un plus pour le malouf, et
on a gagné un public qui n’est pas constantinois, qui n’est pas annabi : c’est un
public de partout en Algérie qui savoure le malouf. C’est un plus pour le malouf
et pour le répertoire de l’Est algérien. Le malouf est entre de bonnes mains, et
il est en bonne santé. Chaque année, on gagne plus de public.
Personnellement, je reçois quotidiennement beaucoup de messages disant moi
que je suis de telle région ou telle autre, et c’est grâce à vous que j’ai aimé le
malouf, que je découvre le malouf. On a gagné un public et ça c’est un plus
dans la carrière artistique.
[Entretien réalisé par : Sara Kharfi, in Algérie aujourd’hui]
