Musique

Begar Hada, UNE MUSIQUE DE MON DOUAR

��« L’homme porte son passé comme l’arbre porte ses racines : invisibles aux
regards, mais indispensables à sa vie. »��
L’homme peut changer, profondément changer. Il peut se transformer jusqu’à
sembler méconnaissable. Il peut quitter sa terre natale, gravir les degrés de la
réussite, accumuler les richesses, la renommée et le pouvoir.
Il peut parcourir les continents, s’asseoir à la table des grands de ce monde,
fréquenter les esprits les plus illustres, découvrir les musiques les plus raffinées
et s’émouvoir sous les voûtes dorées des plus prestigieux opéras, de Vienne ,
de Paris ou de St Petersbourg mais qu’au détour d’un hasard lui parvienne
l’écho d’une vieille chanson de son enfance — celle que fredonnaient ses
parents, celle qui accompagna ses jeunes jours de joie comme ses heures de
misère et des déceptions amoureuses , la musique qui porte encore la
poussière du terroir qui l’a vu naître et l’âme du douar où il n’était rien d’autre
que lui-même — alors tout vacille.
Les titres s’effacent, les honneurs se taisent, les succès perdent leur éclat, la
grandeur se fait petite , et l’arrogance se meurt . En un instant, les années se
replient sur elles-mêmes, et l’homme des succès retrouve l’enfant de la misère
qu’il croyait avoir laissé derrière lui. Il comprend alors que l’existence n’est
peut-être qu’un long détour vers ses origines ; que l’on ne devient jamais tout à
fait celui que l’on prétend être devenu, et que, sous les habits du présent,
demeure toujours l’être ancien, celui que le temps n’a jamais réussi à effacer.
Saint Augustin, qui connut tour à tour les privations de l’enfance dans sa
modeste Thagaste, puis les honneurs, la fortune, l’influence et la renommée,
savait mieux que quiconque que l’homme ne se détache jamais entièrement de
ses origines. C’est dans cet esprit que résonne sa célèbre citation : « L’homme
porte son passé comme l’arbre porte ses racines : invisibles aux regards, mais
indispensables à sa vie. »
Car les années peuvent accumuler les succès, les titres et les gloires ; elles
peuvent conduire un homme des chemins poussiéreux de son enfance aux plus
hautes sphères du monde. Mais rien n’efface la terre première dont il est issu.
Et lorsque la mémoire se met à chanter, lorsque surgissent les voix anciennes,
les paysages oubliés et les émotions enfouies, alors même la parole la plus
éclatante perd de sa force. Nulle renommée, si grande soit-elle, ne peut faire
taire ce murmure venu du fond des âges personnels ; car la voix de l’enfance
parle dans une langue que le cœur n’oublie jamais.
Mel Kam

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