Djamel Allam, une empreinte indélébile
Il était malade, très souffrant. Mais il n’a pas cessé d’occuper la scène culturelle. Même quand son état s’est dégradé, il a continué de vivre et d’exercer son art.
Partout où des activités étaient organisées et où il était sollicité et convié, il répondait présent. C’est dire à quel point le regretté artiste Djamel Allam tenait à la vie et à l’art. Il nous a quittés un certain triste 15 septembre 2018. Déjà sept ans sont passés depuis que Djamel Allam a tiré sa révérence sans que sa place ne puisse être comblée par aucun autre artiste. Il était unique comme tout vrai artiste. Sa musique, ses textes, sa façon de chanter, sa personnalité, tout, chez Djamel Allam, avait sa touche personnelle. Quand la nouvelle de son décès avait été rendue publique, elle a vite fait le tour de l’Algérie. Et même au-delà car Djamel Allam a réussi à briller ailleurs grâce à un savoir-faire musical dont il excellait et qu’il n’a pas cessé de perfectionner. Né le 26 juillet 1947 dans la ville de Béjaïia, Djamel Allam a eu la chance de baigner dans un milieu véritablement artistique. Faut-il rappeler que la majorité des chanteurs kabyles, même les plus brillants d’entre eux, sont des autodidactes, n’ayant jamais étudié la musique. Sur ce point, Djamel Allam fait exception. Non seulement il a étudié la musique mais il a eu le rare privilège d’avoir fréquenté les bans du conservatoire de musique de la ville des Hamadites. Et en plus, il était l’élève d’un certain… Sadek El Bedjaoui. Il a donc bien appris les rudiments de la musique chez ce maitre avant de s’envoler de ses propres ailes. Même encore très jeune, Djamel Allam voit déjà grand. Il ambitionne d’aller le plus loin possible dans la musique algérienne d’expression kabyle. Il a compris que, pour y parvenir, il fallait innover sur le plan musical. Non seulement innover mais surtout apporter d’importantes touches de modernité à cette musique restée pendant des décennies, fidèle aux styles classiques qui vont du folklore au chaâbi en passant par l’oriental. Nous sommes en 1967 quand Djamel Allam part tenter sa chance en France avec l’idée de surprendre les mélomanes. Chose faite puisqu’au tout début, il s’essaye à la chanson française. Cinq années plus tard, autre surprise, il fait la première partie du concert de Brigitte Fontaine qui avait le vent en poupe à l’époque. Le spectacle en question se déroule à Alger et le passage sur scène de Djamel Allam ne passe guère inaperçu. Une perle venait de voir le jour. Pour toujours… Le parcours de Djamel Allam est vraiment atypique comme on le verra. Alors qu’une bonne partie des célébrités artistiques kabyles sont passées par la radio kabyle d’Alger, lui, c’est à la radio France Inter qu’il émargera dès 1974. Le succès que Djamel Allam obtient avec son tout premier album intitulé» Ardjout «, édité en 1974, est foudroyant. En plus du public qui a été vite emballé, les médias français s’en accaparent également, chose rare pour un chanteur kabyle à l’époque. C’est dans des salles archicombles et à guichets souvent fermés qu’il se produit, d’abord en France puis dans de nombreux pays européens et même aux ÉEtats-Unis. Djamel Allam donne tout le temps nécessaire pour faire murir ses chansons.
Il consomme plusieurs années avant de revenir avec des nouveautés tout en écumant régulièrement, et constamment avec succès, les scènes un peu partout. Certains de ses titres sont devenus des chansons cultes comme Si Slimane ou encore Ma radyoughal . Son talent en tant que compositeur pousse les producteurs de films à lui faire appel. C’est le cas des films Prend 10 000 balles et casse toi La plage des enfants perdus et Ma dernière nuit à la goutte-d’or . Comédien, Djamel Allam a participé notamment, à Les sacrifiés de Okacha Touita, Les folles années du twist de Mahmoud Zemmouri, 100 % arabica du même réalisateur, Inchallah dimanche de Yamina Benguigui, Le thé d’Ania « de Saïd Ould-Khelifa et Morituri de Okacha Touita. Durant toute sa carrière s’étalant de 1974 à 2008, Djamel Allam a produit 12 albums.
Aomar Mohellebi, in l’Expression
