Cinéma

Yanis Koussim, réalisateur : «Roqia répond à une frustration…»

C’est durant ses études de droit que Yanis Koussim commence à faire des courts métrages, documentaire d’abord, puis il se lance dans la fiction dès le début des années 2000. En parallèle, il se forme au métier de cinéaste sur le terrain, en étant assistant réalisateur au près, entre autres, de Phillipe Faucon et de Costa Gavras. Après plusieurs courts métrages, primés ou sélectionnés à Locarno, Amiens, Carthage, Clermont- Ferrand, Taghit, Abu Dhabi, Tanger, Ouagadougou… Yanis Koussim écrit pour d’autres cinéastes, tel que Lotfi Bouchouchi, Rayhana Obermayer et Adila Bendimerad et Damien Ounouri. Il a aussi écrit et réalisé pour la télévision également: Dar Drodj, Aâmmi Achour, Ness Mleh City. Roqia» un thriller d’horreur est son nouveau long métrage ayant été sélectionné récemment à la 82eédition du Festival international du film de Venise qui s’est tenu du

27 aout au 06 septembre dernier, dans la section «Semaine de la critique». Un film de genre qui est déjà sélectionné dans pas mal de festivals. Il nous en parle ici. Apres des années de déboires avec son premier long métrage Alger by night qui n’a jamais vu le jour, Yanis Koussim prend sa revanche en réalisant un film qui sans doute marquera les esprits…

L’Expression: Vous avez participé récemment au 82e Festival international du film de Venise, section «la semaine de la critique». Déjà quelle est votre sentiment à chaud?

Yanis Koussim: Pour moi être sélectionné à Venise ou dans n’importe quel autre grand festival de cinéma, c’est vraiment le meilleur cadeau qu’on puisse faire à un film. J’étais très reconnaissant aux sélectionneurs d’avoir choisi déjà un film de genre pour un festival généraliste. Ce qui est vraiment quelque chose de rare. J’étais super content d’avoir participé à ce festival, encore plus à la semaine de la critique. Une sélection où il y a eu plein de réalisateurs qui ont montré leur premier film. Je souhaite

ça à tous les réalisateurs algériens de montrer leur premier film à un festival comme ça..

Un film de genre donc, un long métrage d’horreur réalisé en Algérie, ce qui est très peu commun… D’abord, comment vous est venue l’idée?

En fait, en voulant traiter un certain sujet, à la fin de la première version, je me suis rendu compte que j’écrivais un film d’horreur. J’ai voulu raconter les années 1990 de façon différente. Pour tout vous dire, j’ai grandi avec une certaine frustration, je suis née dans les fin des années 1970, j’ai grandi dans les années 1980. J’ai été biberonné à tous ces films de genre, d’extraterrestres, les films d’horreur…j’avais une frustration car les démons, les monstres, les vampires et les extraterrestres ne viennent jamais en Algérie. Ils allaient partout, aux États-Unis, en Europe. Ils atterrissaient jamais dans le jardin en face de chez moi, à Sétif. Du coup, j’avais cette frustration. C’est vraiment mon enfant intérieur qui est heureux d’avoir fait un film d’horreur…

En écho à la conférence, animée en matinée durant les 20 emes Rencontres cinématographiques de Béjaïa, qui porte justement sur la crise de l’imaginaire en Algérie, eu égard à cette thématique et comme votre film aborde un sujet assez nouveau, quel regard portez-vous, justement sur ce thème et pourquoi d’après vous il y a très peu de films de genre en Algérie? Les réalisateurs ont -il peur de s’ouvrir à d’autres styles de cinéma?

Franchement je ne sais pas. Personnellement, j’ai toujours voulu faire du cinéma de genre. C’est ce cinéma qui m’a donné envie de faire du cinéma. Dès que j’en ai eu l’occasion, je l’ai fait, parce que j’ai trouvé le bon producteur, parce qu’aujourd’hui, il y a une nouvelle manière de faire des films d’horreur, où l’on ne voit pas forcément le mal. On le ressent et on suit ses traces dans notre monde, par conséquent réaliser un film d’horreur m’a paru accessible. Après, c’est aussi une question de désir. Je ne sais pas s’il y a une crise d’imaginaire ou pas.. Franchement je ne le pense pas. Vu les films qui ont été produtits ces dernières années et les films en cours de production, mais aussi les projets dont j’ai eu vent, ici et là, avec les collègues, on n’a vraiment pas de crise d’imaginaire. La crise se situe plutôt au niveau des producteurs. La majorité des producteurs ont deux défauts principaux, certains manquent d’imagination effectivement, ils ne vont pas essayer d’innover ou d’aller plus loin. Du moment que ça cadre avec une certaine idée qu’ils ont du cinéma algérien, ils foncent. Ils ne cherchent pas l’autre, l’altérité, l’alternative. La crise d’imagination se situe là, chez les producteurs. La deuxième chose, c’est souvent et j’insiste sur le fait que ce ne sont pas tous, car il y en- a beaucoup qui ne sont pas comme ça, mais c’est souvent une forme de paresse, ils ne vont pas chercher l’argent ailleurs. On ne peut pas faire un film qu’avec de l’argent algérien, c’est impossible. Et surtout, les fonds algériens n’ont pas pour vocation à être cent pour cent le budget du film. Il y a plein d’autres fonds, qui sont en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe, aux États-Unis etc. Il y a des fonds qui sont pour cela. Et ça, c’est aussi un manque d’imagination. Aujourd’hui, il y a plein d’argent partout dans le monde qui est fait pour nos films. Il faut juste aller le chercher.

Comment s’est fait le choix des comédiens, qui pour la plupart sont excellents et viennent de la télé…

Pour moi déjà, un comédien s’il est bon à la télé, il est bon aussi au cinéma. Ce n’est pas pareil pour le théâtre, mais la télé et le cinéma c’est à peu près le même dispositif.

Le choix des comédiens, sinon, s’est fait vraiment de manière différente pour chacun. Yen a certains que j’avais en tête en écrivant le scénario comme Ali Namous, parce que Adila Bendimerad m’en avait parlé. Je l’ai casté en le faisant jouer dans un court métrage d’abord…Akram Djeghim, ce sont mes soeurs qui l’ont vu dans le feuilleton 11.11» et qui m’ont dit beaucoup de bien de lui. Mustapha Djadjam, c’est Bachir Derrais qui m’en a parlé, je n le connaissais juste qu’en tant que réalisateur et il m’a dit qu’il jouait aussi. Tout le reste c’est l’agence Wojooh qui savait ce que je cherchais comme profils et ils m’ont proposé des comédiens que j’ai sélectionnés..

Peut-on connaître l’actualité du film? Une suite dans les festivals?

Il est déjà pris dans plein de festivals. Il est en ce moment en Allemagne au festival fantasy film fest..Il passe dans sept salles en Allemagne, juste après, il sera au Slash film festival en Autriche, après il fera le Sitges, qui est peut-être le plus grand festival au monde de film de genre. Il sera aussi dans d’autres festivals mais je ne peux pas encore tout dévoiler. J’espère qu’il sera diffusé pour la première fois en Algérie, dans un festival algérien qu’on attend tous. On a déposé le lien aujourd’hui et on attend la réponse.

O. HIND, in l’Expression

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