L’embuscade d’Ighil Oumenchar : 08 août 1955.
Juste après le déclenchement de la révolution en novembre 54, l’armée
française a installé des camps à Amechras, Souk El thenine et Maatka.
En juillet 1955, nous avons perdu quatre compagnons dans le Djurdjura, dont
le vaillant l’Hadj Moh Bouakli. Ils ont été dénoncés. Cette perte a été très dure
pour nous, surtout à notre chef Ahmed Ait Ramdane. Il a juré de les venger.
Les soldats installés à souk el thenine, viennent souvent chercher de l’eau
avec leur citerne à la fontaine » Thala Ouguellid » à Amechras. Nous avons donc
décidé de les attaquer.
L’endroit choisi était sur la route, près de la maison cantonnière ( akham
ouroumi). Sur cet endroit, la route, en pente avec trois virages.
Le 08 août, nous avons pris nos positions sur ordre de Ahmed Ait Ramdane.
C’était un après-midi très chaud. Nous n’avions que des fusils de chasse. Un
seul d’entre nous possédait un mousqueton. Nous avons pris le convoi en
sandwich et nous les avons arrosé avec nos chevrotines. Au bout d’un certain
temps, nous n’entendions plus que nos propres tirs, leurs tirs avaient cessé.
L’ordre avait été donné d’investir les camions GMC. Nous étions une
quinzaine de maquisards. Nous avons récupéré des tenues et beaucoup
d’armes : neuf fusils Garand, cinq MAT-49, deux pistolets et 14 grenades.
Ensuite, nous nous sommes repliés vers le lieudit Talekkamt, près du village
Ighil Aouen à Maatka. Sur place, nous avons retrouvé Krim Belkacem, son frère
Rabah et deux de nos camarades. Ils étaient restés en couverture, en haut du
lieu de l’embuscade. Nous ne le savions pas avant, quelle bonne surprise !
Nous étions fous de joie. Pour la première fois, nous tenions de vraies
armes de guerre. Krim était ravi, très fier de ses hommes. Il a ordonné à Ali
Abetroun, un ancien mobilisé de l’armée française, de nous apprendre à
manier ces nouvelles armes.
Cet exploit, dont nous étions très fiers a permis à notre groupe, tenu d’une
main de fer par Ahmed Ait Ramdane, de harceler les forces de l’armée
coloniale dans notre secteur qui s’étend de Tizi Ouzou jusqu’au Djurdjura.
Smail boukherroub le 06 juin 2026.
Témoignages de :
Ali Abetroun et Ahmed Boukherroub. Maquisards ayant participé à
l’embuscade.
Sur la photo les deux maquisards, encore en vie, ayant participé à l’embuscade,
qui se sont retrouvés près de 70 après.
