Cinéma

Lydia Chebout crève l’écran

Dans le film Khit errouh
Ode à la résilience
Décliné comme un conte fantastique, le film de Youcef Mahsas opère encore
grâce à une mise en scène sobre qui raconte les choses à la fois avec pudeur et
finesse…

Fort du succès qu’il a emporté au dernier festival international du film
méditerranéen d’Annaba où il a obtenu le prix de la meilleure interprétation
féminine attribué à la comédienne Lydia Chebout, le film khit Errouh de
Youssef Mahsas a été projeté jeudi à la cinémathèque d’Alger. Apres plusieurs
courts métrages au compteur, le réalisateur a entamé sa première expérience
cinématographique dans le long.
Un film fidèle, à l’esthétique vaporeux de son cinéaste qui privilégie le rythme
lent, la sobriété de la mise en scène et l’image surannée, nimbé cette fois du
genre fantastique pour raconter son récit. Khit Errouh gagne le pari en
parvenant à doser avec intelligence entre la noirceur et l’élévation, le macabre
et le candide, sans jamais tomber dans le scabreux ou le pathos. Et pourtant !
La trame, elle, qui se veut touchante prend comme terrain de départ un fait
divers des plus sombres. Après un massacre effroyable qui a ravagé son village,
Marwan se retrouve responsable de neuf enfants orphelins qui ont
miraculeusement survécu.
Par fidélité à la tradition et en mémoire des disparus, il tient à coudre des
vêtements pour l’Aïd pour ces enfants, alors même que la mort rôde à chaque
coin de rue.
Le destin le conduit à la capitale où il rencontre Rania, une couturière rebelle
qui accepte de l’accompagner au cœur du danger, là où plane encore l’odeur
du sang. Dans une course contre la montre au milieu des ruines, tout deux
tentent de raviver l’espoir et de panser leurs âmes blessées avant l’arrivée de
l’Aïd. Yousef Mahsas a su miser sur une comédienne de feuilleton qui a passé
haut la main son passage sur grand écran.
Lydia Chebout crève l’écran, parfois un peu trop même jusqu’à éclipser son
partenaire Ahmed Belmoumen, trop discret, presque effacé. L’imam incarné

par Slimane Benouari est toujours dans la justesse. Au casting on retrouve aussi
notamment Samia Meziane dans un petit rôle mais décisive pour la suite de
l’histoire.
Le film de Youcef Mahssas prend la mort comme sujet principal pour finir par la
sublimer et lui insuffler une autre dimension autrement plus spirituelle,
mystique. Une aura de sacré qui continue à planer au-dessus des gens. Dans ce
village imaginaire, comme sorti d’un conte de fées, les défunts sont associés à
Dieu, la mort n’est plus une fatalité, non pas une délivrance, mais une
rencontre avec l’au-delà où les âmes y vivent paisiblement.
Le personnage de Lydia Chebout est bien écrit. Ce qui ajoute de l’épaisseur à
son vécu malgré son jeune âge et fait que le spectateur puisse rentrer
facilement dans l’histoire. Malgré la charge émotionnelle que charrie le drame
de ce film, le réalisateur parvient à l’adoucir, subtilement avec des pointes
d’humour saupoudrés ici et là.
Les enfants y ajoutent une note d’espoir et de naïveté à ce film qui se veut une
ode à la résilience et à la force de la foi. Malgré une fin un peu cousu de fil
blanc, le film réussit à toucher le cœur du spectateur et ce, grâce à une
narration contemplative qui prend le temps de poser les choses, épousant
même la temporalité de l’histoire qui se déroule en plein montagne, dans une
sorte de no man’s land et en plein Ramadhan. Sur cette thématique aussi
difficile comme la mort et la décennie noire, le réalisateur parvient à déposer
un baume, non pas pour anesthésier le cœur du spectateur, mais bien au
contraire, pour lui faire ressentir la force cachée qui peut exister en chacun de
nous, comme une sorte d’épreuve qui lui permet de résister contre vents et
marrrées et redevenir le véritable homme de la situation, ici en l’occurrence
une femme belle et rebelle qui apprend davantage sur les autres après avoir
cru avoir tout perdu.
Une histoire tragique certes, mais qui trouve sa lumière dans la beauté
humaine de ces petits êtres que le réalisateur a su dépeindre entre force et
fragilité, silence et candeur, amour et dépassement de soi..Bref, une histoire
triste, mais racontée avec pudeur et finesse. Un bravo aussi au comédien Ali
Namous a qui est revenue la lourde tâche de coacher les enfants qui ont
admirablement joué dans le film. Enfin, Khit Errouh est une belle parabole de
cette femme courage qui tisse les liens de l’existence pour que vivent les âmes
pures…Un conte de fées contemporain qui rappelle que la vie est plus forte
que tout…
O. Hind, in l’Expression

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