Rachid Ait-Kaci, bas les voiles !
Diplômé de mathématiques et sorti de l’école des Beaux-Arts d’Alger, Rachid
s’est aguerri à l’Académie des Arts appliqués de Sofia (Bulgarie). Ses œuvres
intéressaient le New York Times qui, quelques années plus tard, lui consacra
carrément sa Une !
Il y a dix ans, jour pour jour, nous a quittés mon ami, mon frère, Rachid Ait-Kaci,
plus connu en tant que dessinateur caricaturiste sous le pseudonyme de Kaci. Il
souffrait d’une insuffisance rénale qui le contraignait à une dialyse tous les
deux jours. Rachid est venu au monde dans la ville de Mostaganem qui ignore
tout de son vécu, par un rigoureux février 1942, puis sa famille s’en est allée,
comme tant d’autres, en exil à El Jadida (Maroc) où il est resté jusqu’au jour du
recouvrement de l’indépendance nationale. Son père, Mohamed Ait- Kaci, était
fortement enraciné au sein de la population d’El Jadida grâce à l’école qu’il y
avait ouverte, en temps de protectorat, vite renommée « Skoulat Kaci » et
baptisée, depuis, collège Mohamed Rafy. Rares sont ceux qui savent que
Rachid était le neveu de Ali Yata, une figure majeure de la gauche marocaine,
tant le jeune homme était d’une discrétion qui n’avait d’égale que son infinie
gentillesse.
À mon arrivée à Paris, fin 1976, il m’avait introduit à Jeune Afrique où je
rencontrais Hamid Barrada, red-chef du magazine que dirigeait, à l’époque, son
fondateur, Béchir Ben Yahmed, dans l’ancien siège proche du marché d’Aligre.
Mais je pris vite la mesure du fossé qui me séparait de la ligne éditoriale et
nous en sommes restés là, sans que notre amitié n’en souffre le moins du
monde. Diplômé de mathématiques et sorti de l’école des Beaux-Arts d’Alger,
Rachid s’est aguerri à l’Académie des Arts appliqués de Sofia (Bulgarie), avant
de commencer sa carrière de caricaturiste en 1965, au sein de l’hebdomadaire
Algérie-Actualités. C’est là que, dans les années 70, nous avons lié
connaissance, avec mon arrivée dans les locaux d’ El Moudjahid. Le personnage
de Tchipaze, adulé par les lecteurs de l’hebdomadaire, aura tôt fait d’asseoir sa
notoriété, surtout que le journal assura la parution de son premier album en
1968 !
Devenu incontournable sur la scène de la caricature algérienne, et affichant
certaines de ses œuvres dans le quotidien officiel qu’était, alors, El Moudjahid,
Rachid Ait-Kaci a débarqué à Paris, en 1973, pour s’imposer comme le brillant
caricaturiste du magazine Jeune Afrique. De retour d’un voyage en URSS, cet
été-là, j’eus l’immense plaisir d’apprendre que ses œuvres intéressaient le
New-York Times qui, quelques années plus tard, lui consacra carrément sa Une
! En tant que free-lance, il était sur d’autres fronts, tels le Courrier
International, Le Nouvel Economiste, Libération, Sciences et Vie, et le journal
libanais An-Nahar, sans ignorer, pour autant, Nous Deux et Play Boy. Il a, aussi,
composé pour la SNCF, Accor, FO et Suez. Et c’est avec son album Bas les voiles
, paru à Paris en 1984, qu’il a défrayé la chronique, avec un regard sans
complaisance sur le sort de la femme dans le monde arabe et musulman.
L’ouvrage fut souvent réédité. Figure appréciée à l’Unesco et à l’OMS dont il
alimentait les publications ou les campagnes, il a travaillé aussi dans les cercles
du Septième art pour les affiches de cinéma et de théâtre. Son talent
indéniable et son humanité empreinte de courtoisie et d’humilité lui ont valu
une réelle consécration sur la scène internationale, avec des prix aux festivals
de Montréal en 1982, de Bordj-El-Kifan, en 1986, et Saint-Just-le-Martel, en
- En octobre 2013, le 6e Festival international de la B.D d’Alger lui a
consacré un vibrant hommage avec l’attribution du Grand prix d’honneur.
Rachid dont l’enfance aura été beaucoup marquée par son séjour à El Jadida a
toujours gardé, au plus profond de son cœur, un amour sans égal pour cette
page de sa vie quand bien même il ne l’évoquait qu’avec les plus intimes.
Depuis ce triste jour de mai 2016, il repose loin de son pays d’origine, dans le
carré musulman du cimetière de Thiais, en région parisienne.
Par Azzedine CHABANE, in l’Expression
