Le dernier poète errant de Kabylie…
Le poète Mohand Ouidir, né le 22 mars 1924, Si Mohand est natif du village
Ighil Guefri à Larbaa N’ath Irathen, wilaya de Tizi-Ouzou.
Il était véritablement le dernier poète errant de Kabylie, le poète errant des
marchés durant les années 1980 et 1990, décédé, pour rappel, en 2004…
Par ricochet, Le verbe a toujours été « un instrument de pouvoir », une arme
précieuse qui sert à manipuler, à dominer, à dénoncer ou à contester. Mohand
Ouidir fût de ceux là… Jadis, ce troubadour a notamment sillonné toutes les
localités de la kabylie prêchant la bonne parole et déclamant ses vers. De son
vrai nom Sabet Rabah, il a été notamment l’attraction dans les souks
hebdomadaires.
En effet, Dda Mohand, paix à son âme, a été un poète populaire adulé par les
foules. Le troubadour puise la substance de son dit dans l’élémentaire humus
socioculturel qu’il partage avec sa communauté et laisse couler sa poésie dans
ce kabyle rural de tous les jours. Il lui arrive de parcourir des centaines de
kilomètres pour être au rendez vous d’un souk hebdomadaire. À Azazga,
Akbou, Sidi-Aïch, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bouira, Seddouk, Amizour, Larbaa Nath
Irathen, ou encore à Boumerdès, Dellys , Bordj, Sétif , le poète marathonien a
été toujours présent avec son précieux cartable d’un autre âge…
Stylo et cahier à la main, Mohand Ouidir arrive même a déranger par ses
envolées verbales. »Si je meurs enterrez- moi où que je sois car partout sur le
sol de mon pays je me sentirai chez moi », a-t-il un jour déclamé dans l’un de
ses rares textes calmés dans la langue de molière.
En outre, les noms des hommes politiques, ceux des animateurs et
responsables de la scène culturelle, les personnalités ayant accédé à la sphère
publique sont fréquemment cités dans ses textes et certains sont critiqués
ouvertement. Il a été toujours pragmatique ,lui dont des textes furent souvent
mis en musique par des artistes et non des moindres sans qu’il ne le sache. Cela
dit, Mohand Ouidir a vécu son destin de poète errant jusqu’à la mort. Le poète
errant, symbole de résistance et de liberté.
En ce jour souvenir de sa disparition, nos cœurs se tournent vers celui qui fut
une voix, une âme et une mémoire de la Kabylie. Le temps passe, mais les
grands poètes ne meurent jamais : leurs mots restent, comme une lumière
dans la nuit…
Son œuvre demeure un héritage vivant. Paix à son âme.
A.HAMMOUCHE
Le Journal des Artistes
