René Vautier, l’œil du maquis
Le Français qui filma la guerre d’Algérie depuis le maquis.
Né en 1928, René Vautier n’était pas Algérien. Pourtant, en 1956, au plus fort
de la guerre d’indépendance, il franchit clandestinement les lignes pour
rejoindre les maquis de l’ALN (Armée de Libération Nationale), caméra à
l’épaule. Ce geste n’est pas un coup de tête : c’est l’aboutissement d’un
engagement précoce. Anticolonialiste convaincu, il avait déjà été condamné et
son premier film, Afrique 50 (1950), était interdit en France pendant près de
quarante ans pour ses dénonciations des exactions coloniales en Afrique de
l’Ouest.
Dans les Aurès-Nementcha puis à la frontière algéro-tunisienne, il partage le
quotidien des combattants de la Révolution. Il filme leurs opérations de
sabotage, les embuscades contre les troupes françaises, mais aussi la vie dans
les grottes, les ravitaillements et surtout la solidarité indéfectible entre les
maquisards et les populations civiles déplacées. Soucieux de transmettre son
outil, il forme lui-même plusieurs fellaghas au maniement de la caméra, leur
offrant les moyens de devenir les premiers témoins de leur propre combat.
De ces bobines exposées à la poussière et au danger naît en 1958 Algérie en
flammes. L’un des tout premiers témoignages cinématographiques tournés au
cœur même des zones de guérilla, le film offre un contre-récit saisissant à la
propagande coloniale : loin de l’image de « rebelles désorganisés », il dévoile une
armée de libération structurée, dotée d’un commandement cohérent,
soutenue par une population unie dans son aspiration à l’indépendance.
Le tournage vire au drame lorsqu’un accrochage éclate entre les maquisards et
des parachutistes français. Une rafale de mitraillette pulvérise sa caméra ; un
éclat de métal se loge dans son crâne. Vautier survivra à cette blessure, mais il
gardera ce fragment incrusté dans la tête jusqu’à la fin de ses jours, sceau
physique de son engagement aux côtés de ceux qu’il filmait.
Saisi et interdit en France, Algérie en flammes circule néanmoins sous le
manteau à travers le monde, décliné en plusieurs langues. Ses images-chocs
deviendront une source d’archives incontournable, reprises dans les premiers
documentaires officiels consacrés à la révolution algérienne.
Après l’indépendance de 1962, alors qu’il aurait pu rentrer en métropole, René
Vautier choisit de rester en Algérie. Il est nommé directeur du Centre
audiovisuel d’Alger, où il forme la première génération de cadres
cinématographiques algériens. Il sillonne également les campagnes avec des
cinémas ambulants, convaincu que le 7e art doit être populaire et accessible à
tous.
Itinéraire unique que celui de ce Breton, qui porta sa caméra pour offrir une
voix et une image à ceux qui combattaient précisément pour cesser d’être
Français.
René Vautier s’éteint en 2015 à Cancale, en Bretagne, laissant derrière lui une
œuvre de combat pour la vérité des images.
Portraits d’Algérie
