Ighil Imoula, le 1 er Novembre
Proclamation du 1er Novembre 1954. Cela fait exactement 72 ans, jour pour
jour
C’est dans la nuit du mardi 26 octobre 1954 que la proclamation du 1er
Novembre fut tirée à la ronéo à Ighil Imoula (Ouadhias), sous la supervision
d’Ali Zamoum*.
Monsieur Ben Chabane, qui avait assisté à l’opération du début jusqu’à la fin,
nous raconte les faits. Interrogé par Aomar Sider et Ouyed Mekhlouf en
octobre 2011, à l’intérieur de la stèle éponyme, située à proximité de la maison
qui avait abrité cette opération, il livre un témoignage précieux. En voici un bref
résumé.
L’acheminement et l’impression de la proclamation
Le texte de la proclamation du 1er Novembre 1954, approuvé par les six chefs
historiques, fut rédigé à Alger, de la main même de Boudiaf, désigné comme
coordinateur du groupe et du tout nouveau FLN. Le document fut acheminé
vers Tizi Ouzou sous la responsabilité de Krim Belkacem, qui chargea Ali
Zamoum de le faire imprimer.
Le véhicule transportant le manuscrit avait également à son bord Mohamed El
Aichaoui, journaliste à Alger républicain, chargé de le dactylographier, ainsi que
Ouamrane et Bouabdellah, qui assuraient son escorte. Le véhicule s’arrêta à
Iachiouène, à la sortie de Tizi Ouzou en direction de Maâtkas, où Ali Zamoum
les attendait pour poursuivre le trajet.
Par souci de sécurité, ce dernier abandonna la route carrossable pour s’engager
dans la forêt d’Amejjoudh, puis dans celle d’Ouaghrizene. Il traversa ensuite Aït
Abdelmoumène avant d’atteindre Ighil Imoula*, son village. Celui-ci présentait
un double avantage : il était alimenté en électricité domestique et comptait de
nombreux cadres* du MTLD et de l’OS.
Nous étions alors le 25 octobre. Une fois arrivé dans la maison d’Omar Ben
Remdani, où il devait dactylographier le texte, El Aichaoui releva une erreur
grave et refusa de la reproduire telle quelle. Il proposa de la corriger, justifiant
sa position par ces mots : « La proclamation est destinée à être diffusée à
l’échelle nationale et internationale. »
Ali Zamoum refusa d’abord cette proposition, mais finit par consulter Krim
Belkacem, qu’il retrouva à Aït Abdelmoumène, chez Taleb Mouh n Amar. Krim
reconnut l’erreur et accepta la correction proposée.
Ce n’est qu’au retour d’Ali Zamoum que la proclamation fut dactylographiée
sur la machine appartenant à Abane Ramdane, que l’on avait rapportée
d’Azouza (L.N.I.).
Un autre problème se posa toutefois : El Aichaoui estimait que l’éclairage était
insuffisant pour procéder au tirage à la ronéo, qui appartenait également à
Abane Ramdane et avait été récupérée chez Taleb Mouh n Amar.
Ils décidèrent donc de se déplacer vers la maison d’Idir Ben Omar, située au
centre du village, où les conditions étaient plus favorables.
Ali Zamoum donna alors instruction à Ben Chabane de surveiller attentivement
les lieux, afin que rien ne sorte de la pièce pendant l’impression de la
proclamation.
Tandis que la ronéo fonctionnait au premier étage, dans la nuit du 26 octobre,
des militants faisaient du vacarme dans l’épicerie située juste en dessous. Ils
simulaient un jeu consistant à désigner le gagnant en fonction du numéro le
plus élevé que l’on trouvait entre chaque paire de gâteaux liée avec du papier,
afin de couvrir le cliquetis de la machine…
Une fois les valises remplies de tracts contenant la proclamation, Monsieur Ben
Chabane les achemina vers Alger (Belcourt) à bord d’un autobus qu’il prit à Tizi
N’Tletha. À son retour, il rapporta du papier pour permettre l’impression
d’autres exemplaires.
Ils sont d’Ighil Imoula liste non exhaustive
*Zamoum Mohamed, dit Si Salah, fut colonel et chef par intérim de la IVe
Wilaya historique.
*Amar Mohammedi fut le premier wali d’Alger à l’indépendance. C’est lui qui,
le 17 juin 1962, reçut les clés d’Alger des mains du préfet de l’époque, Vitalis
Cros, et y hissa le drapeau national.
*Ali Zamoum, quant à lui, fut l’un des premiers walis de Tizi Ouzou. Ce fut lui,
en tant que ministre du travail, qui donna l’occasion à son ami de Kateb Yacine
de réaliser son rêve : produire du théâtre populaire en derdja algérienne
Cent un martyrs de ce village sont tombés au champ d’honneur durant la
guerre de Libération nationale. Trente quatre autres comme victimes civiles
