Focus

De « la fuite des cerveaux » à des compétences mobilisables

La tenue de la première réunion du Haut Conseil de la communauté
scientifique nationale à l’étranger, dimanche à Alger, marque un changement
dans la manière dont l’Algérie considère ses compétences établies à l’étranger.
Cette instance compte mobiliser des générations de compétences algériennes
qui ont construit l’essentiel de leurs parcours dans les grands centres
scientifiques mondiaux, tout en conservant un lien avec leur pays d’origine.
L’enjeu, donc est de transformer cette diaspora scientifique en capital de
développement et faire de la connaissance un moteur de l’économie nationale.
L’intelligence artificielle, les biotechnologies, les technologies numériques, les
énergies renouvelables et les nouveaux matériaux modifient profondément la
compétition mondiale. Dans ces domaines, le savoir est devenu la ressource
essentielle.
L’Algérie possède, à cet égard, un atout considérable : une partie importante
de ses scientifiques, ingénieurs, médecins, chercheurs et entrepreneurs évolue
aujourd’hui dans des univers scientifiques et économiques parmi les plus
avancés du monde. L’enjeu est désormais de maintenir avec ces compétences
une relation utile et durable.
Un chercheur dans un centre de recherche étranger peut collaborer avec un
laboratoire algérien ; un professeur dans une grande université est en mesure
d’encadrer des doctorants à distance ; un ingénieur dans une multinationale
peut participer à un projet industriel national ; un entrepreneur peut lancer
une activité en Algérie, tout en conservant son implantation internationale.
Le pays ne doit donc pas regarder ses compétences établies à l’étranger
comme de simples cadres susceptibles de rentrer définitivement, mais comme
un réseau évoluant à l’international avec des savoirs, de riches expériences et
des possibilités de mise en relations au service du développement national.
L’expérience de plusieurs pays montre que cette approche peut produire des
résultats. L’Inde en offre l’un des exemples les plus significatifs. Parallèlement
aux réformes économiques engagées à partir de 1991, à l’investissement dans
l’enseignement supérieur, au développement des instituts technologiques et à
l’essor du secteur privé, la diaspora indienne a contribué à créer des passerelles
entre son pays d’origine et les économies les plus avancées.
De nombreux professionnels indiens installés aux États-Unis, notamment dans
la Silicon Valley, ont participé au développement des relations entre les

entreprises technologiques américaines et l’écosystème indien. Ils ont investi
dans leur pays d’origine, favorisé le développement des activités
technologiques et facilité la circulation des connaissances, des capitaux et la
connexion aux réseaux.
L’expérience indienne montre ainsi qu’une diaspora fortement implantée dans
les économies les plus avancées peut devenir un vecteur de transfert de
technologies, d’investissement et d’entrepreneuriat, sans que sa contribution
ne soit conditionnée à un retour définitif au pays.
L’Algérie dispose d’une diaspora scientifique présente dans des universités, des
centres de recherche, des hôpitaux, des entreprises technologiques et des
institutions internationales de premier plan. Il s’agit à présent de transformer
ce potentiel en réseau actif.
Le lien avec la communauté algérienne à l’étranger a longtemps été abordé
sous un angle principalement affectif. La relation avec la diaspora scientifique
appelle une approche différente : mettre en relation les compétences
algériennes établies à l’étranger avec celles qui travaillent dans les universités,
les entreprises et les centres de recherche du pays.
Un chercheur établi à l’étranger peut apporter une expertise, une technologie,
un partenariat universitaire, des mises en relation ou un accès à des marchés.
Mais cette contribution doit être articulée à des projets concrets .
Le Haut Conseil pourrait ainsi devenir une interface entre trois mondes :
l’université algérienne, l’entreprise économique et les compétences établies à
l’étranger, en impliquant ces dernières dans les priorités scientifiques et
économiques du pays.
C’est à cette condition que l’économie de la connaissance cessera d’être une
formule creuse pour devenir une véritable politique publique.
Il ne s’agit plus de lutter contre la « fuite des cerveaux », mais de créer les
conditions de leur circulation. Car l’économie de la connaissance ignore les
frontières et la diaspora scientifique algérienne constitue précisément la partie
du capital humain national qui est déjà connectée aux réseaux mondiaux du
savoir, de l’innovation et de la technologie.
Mohamed Hakem

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